Festival BAM 2026 : Sous le ciel menaçant de Siby, la danse contemporaine malienne affirme sa résilience

Alors que la saison des pluies menace et que les nuages s’accumulent au-dessus de Siby, le festival BAM (Beaux-Arts du Mali) a tenu bon. Malgré les reports, les aléas administratifs et un contexte sécuritaire incertain, la quatrième édition de ce rendez-vous incontournable de la jeune création a ouvert ses portes du 16 au 19 juillet 2026. Pendant quatre jours, le centre Copier-Coller est devenu le cœur battant d’une effervescence artistique où la danse, la musique, les arts visuels et la peinture se sont mêlés dans un élan de résilience et de partage.

Un pari maintenu contre vents et marées

Festival BAM 2026 : Un pari maintenu contre vents et marées

C’est un pari osé qu’ont relevé les équipes de la compagnie Copier-Coller et de l’association Famou Danse. En cette mi-juillet 2026, alors que les paysans sont aux champs pour les semis et que l’hivernage est à son apogée, le festival a trouvé sa place à Siby, à une cinquantaine de kilomètres de Bamako.

« Il y a eu beaucoup de reports », confie d’emblée Tidiane Ndiaye, fondateur de Copier-Coller, en accueillant artistes et journalistes. L’histoire du BAM est pourtant ancienne. Né en 2011 à Sabalibougou sous la forme d’un simple café-ludique mêlant jeux vidéo et cours d’alphabétisation, le collectif s’est professionnalisé en compagnie en France en 2013. En 2018, la première édition du festival voyait le jour à Bamako, portée par une ambition claire : être un tremplin pour la jeune création, malienne d’abord, africaine ensuite, et ouverte sur le monde.

Un calendrier dicté par les aléas administratifs

Festival BAM 2026 : Un calendrier dicté par les aléas administratifs

Initialement prévue en novembre 2025, l’édition 2026 du festival a subi de plein fouet les lourdeurs administratives et les tensions géopolitiques. Marie Doussou, chargée de la coordination du projet, détaille les coulisses de ce feuilleton : « La subvention a été confirmée en avril 2025, mais il y a eu un congé administratif du côté du bailleur. Ensuite, la pénurie et les tensions diplomatiques ont ralenti le processus. »

Les contraintes budgétaires ont imposé un calendrier contraint : le financement devant être bouclé avant le 30 juillet 2026, l’équipe n’a eu d’autre choix que d’organiser le festival en pleine saison des pluies. Une décision lourde de conséquences. « La population à qui s’adresse le festival est au champ, en pleine période de semis. En termes de mobilisation du public, ça a un impact », reconnaît Marie Doussou. Le volet médiation auprès des écoles a dû être allégé, faute de temps. Pourtant, l’équipe a relevé le défi, portée par l’énergie des artistes qui ont accepté, en quelques jours, de répéter des pièces dormantes pour offrir une programmation riche et variée.

L’inclusion comme fil rouge, la liberté comme mot d’ordre

Festival BAM 2026 : L'inclusion comme fil rouge, la liberté comme mot d'ordre

Malgré ces obstacles, la programmation est restée fidèle aux valeurs du festival. Le BAM ne se fixe pas de thème annuel, laissant la liberté aux artistes de s’exprimer. Une position assumée par Tidiane Ndiaye : « Si on impose un thème, on exclut d’autres créations. Ce qui est important, c’est de soutenir la création contemporaine, quelle qu’elle soit. »

Festival BAM 2026 : Youssouf Diarra et Amidou Mariko, deux jeunes danseurs sourds-muets

Pourtant, l’inclusion est une préoccupation constante. Cette année encore, une pièce unique a été présentée par Youssouf Diarra et Amidou Mariko, deux jeunes danseurs sourds-muets formés dans le cadre du programme Transform. « C’est la première pièce qu’ils ont créée ensemble, et c’est une opportunité pour eux de se professionnaliser et d’accéder à la sphère culturelle », se félicite Marie Doussou. Leur performance, silencieuse mais d’une intensité rare, a bouleversé le public et incarné la volonté du festival de faire de l’art un espace accessible à tous.

Des fresques murales qui redessinent le centre Copier-Coller

Festival BAM 2026 :  Des fresques murales qui redessinent le centre Copier-Coller

L’art visuel a également investi le centre. Quatre artistes plasticiens ont réalisé des fresques murales sur les murs du site, offrant une nouvelle identité visuelle au festival. Dévoilées lors d’un vernissage, ces œuvres à ciel ouvert ont attiré la curiosité et l’admiration des festivaliers. « Ces fresques sont une manière de laisser une empreinte durable sur le centre et dans la mémoire des visiteurs », ont souligné les artistes. Par leur force visuelle et leur capacité à rassembler, elles s’imposent déjà comme l’un des temps forts de cette édition.

Les enfants à l’honneur avec le projet Transforms

Les enfants à l'honneur avec le projet Transforms

Le festival a également accordé une place de choix à la créativité des plus jeunes. Grâce au projet Transforms, des enfants de Siby et de Médina Coura ont exploré différentes formes d’expression artistique pendant plusieurs jours, encadrés par des artistes expérimentés. La restitution de leur travail, organisée le dimanche 19 juillet, a offert au public un moment d’émotion et de fierté. Peinture, danse et théâtre se sont mêlés dans une explosion de couleurs et de talents, rappelant l’importance de promouvoir l’expression artistique dès le plus jeune âge.

Des échanges critiques pour nourrir la création

Des échanges critiques pour nourrir la création

Au-delà des représentations, le festival a offert un véritable espace de dialogue. À l’issue des performances, des discussions ont réuni artistes, journalistes, professionnels de la culture et public. Ces rencontres ont permis aux créateurs de présenter leur démarche, d’expliquer l’idéologie qui sous-tend leurs œuvres et de partager les motivations qui ont guidé leur processus.

Le public, particulièrement engagé, a enrichi ces échanges par des questions pertinentes et des analyses constructives. « C’est un métier à part de se vendre. On veut offrir un espace où les artistes peuvent parler de leur travail et recevoir des retours », explique Tidiane Ndiaye. Ces discussions font du BAM un véritable laboratoire de réflexion où le dialogue nourrit la création artistique.

Une mobilisation qui dépasse le cadre artistique

Cette édition marquera durablement les esprits, tant par la richesse de sa programmation que par la mobilisation massive des habitants, des artistes et des partenaires. Parmi les temps forts figure l’implication des figures traditionnelles et administratives, preuve de leur engagement en faveur du développement culturel de la commune. Le maire de Siby, M. Daouda Keïta, était présent, un geste qui souligne le poids grandissant de cette manifestation.

Leur présence a renforcé la dimension fédératrice de l’événement, symbole d’une unité autour de la promotion culturelle. À l’ouverture du festival, autorités et notabilités ont formulé des bénédictions à l’attention des organisateurs, des artistes et de l’ensemble des participants. Cette marque de soutien traduit le vœu de voir le Festival BAM continuer sa progression et s’affirmer durablement comme un rendez-vous culturel majeur.

L’avenir en ligne de mire

L'avenir en ligne de mire

Si l’édition est plus modeste que prévu, l’envie est intacte. Le centre Copier-Coller de Siby, construit en 2020 pendant le confinement, est devenu un lieu de vie et de création. « Pendant le COVID, j’étais dans ma chambre. Je me suis dit qu’au lieu de sombrer, je devais construire les briques », confie Tidiane Ndiaye. Ce lieu accueille aujourd’hui des résidences d’artistes et des ateliers ouverts à tous les jeunes du quartier.

Les regards se tournent déjà vers 2027 pour une prochaine édition, espérons-le sous un ciel plus clément. En attendant, le Festival BAM 2026 restera comme une preuve de résilience : un festival qui, même réduit et bousculé par les aléas, reste un acte de foi en la culture et en la jeunesse malienne.

Mille et sans voix, le solo d’Assetou Doumbia

Au cœur, le solo d’Adiara Traoré

Mystère entre la femme et l’homme, le duo d’Antoine Rolland Rached, interprété par le chorégraphe aux côtés de Fanta Cissé.

D’une rue de Bamako, une création du chorégraphe Lassina Koné, interprétée par Makan G. Coulibaly, Samuel Coulibaly et Antoine Rolland Rached.

Dougagnaga, par Modibo Traoré dit Van est une création puisant dans les symboles et les imaginaires des traditions mandingues.

Crédit Photo Aloupy