Yaoundé PhotoFest 2026 : la photographie africaine dialogue avec ses racines et embrasse le futur

C’est dans une effervescence créatrice que s’est achevée, ce 26 juin 2026, la deuxième édition du Festival international de photographies de Yaoundé, le « Yaoundé PhotoFest ». Placée sous le thème évocateur de « l’Afrique en Mouvance », cette édition a tenu toutes ses promesses, oscillant avec brio entre la célébration des valeurs traditionnelles et les révolutions technologiques qui bousculent le médium.

Pendant plusieurs jours, le musée national de Yaoundé est devenu le creuset d’une réflexion profonde sur le rôle du photographe dans la société, réunissant des artistes nationaux et internationaux autour d’un objectif commun : valoriser la création photographique africaine et internationale.

Au cœur de cet événement, une masterclass a particulièrement capté l’attention, animée par l’un des noms les plus respectés de la scène ouest-africaine.

Seydou Camara : Le gardien des mémoires en mouvement

Seydou Camara : Le gardien des mémoires en mouvement

Invité en tant que figure majeure de la photographie contemporaine malienne, Seydou Camara, directeur artistique de Yamarou Photo, a offert aux festivaliers une masterclass aussi dense qu’inspirante. Intitulée « Photographie et dynamique sociale en Afrique : dialogue entre tradition et transformation culturelle », sa présentation a été bien plus qu’un simple partage de techniques.

Pour Seydou Camara, la photographie n’est pas un simple acte de capture, mais un acte de transmission. Il a illustré son propos par ses projets personnels, dont le fascinant travail sur le « Vestibule » (le Blon en bambara).

« C’est un lieu de raconte et d’échange, un lieu de décision. C’est là que se prennent les grandes décisions, que se vote le nom d’un nouveau-né, que l’on accueille l’étranger. J’ai travaillé sur ce vestibule-là, construit en argile, avec des peintures colorées, pour montrer nos valeurs, notre hospitalité. Ces valeurs ne doivent pas être perdues. »

Yaoundé PhotoFest 2026 : la photographie africaine dialogue avec ses racines et embrasse le futur

Son approche artistique, mêlant tradition et modernité, s’est matérialisée à travers une série de clichés saisissants, notamment ceux dédiés à la société initiatique des Korédougas. Loin du documentaire ethnologique, Seydou Camara propose une réinterprétation contemporaine, presque poétique. Il raconte, par exemple, une prière Korédouga où l’on ne prononce jamais le mot « mort », préférant la métaphore du cortège funèbre et du bruit des chaussures. Il a transposé cette philosophie en une série de portraits vibrants, où les chaussures colorées deviennent un symbole de vie face à l’absence du cadavre.

Ce dialogue entre passé et présent, il le pousse également dans son projet sur la chambre nuptiale, questionnant la pérennité des rites traditionnels face à l’évolution des mœurs : « J’ai fait un grand projet sur ça, c’est pour questionner ma société, cette tradition, est-ce qu’on doit continuer ou pas ? »

Une installation éphémère au service du thème

L’exposition de Seydou Camara, conçue comme un moment de pure poésie, a parfaitement incarné le thème du festival, « l’Afrique en Mouvance ». Ses tirages, réalisés sur du coton, ont été suspendus à des cordes, à l’image des lessives qui fleurissent dans les rues de Bamako.

« Mes photos étaient en mouvance avec le vent, ils flottaient quand le vent souffle. C’était vraiment quelque chose de poétique et artistique. »

Mes photos étaient en mouvance avec le vent, ils flottaient quand le vent souffle.

Une scénographie éphémère qui, en s’inspirant du quotidien, a su créer un lien intime et puissant entre l’œuvre et le spectateur. Il partageait ce projet « Karanga », une initiative collective pensée pour « repenser nos valeurs pour construire demain », aux côtés d’artistes venus du Sénégal, de Guinée, des Pays-Bas et du Cameroun, dont la directrice artistique du festival, Ikram Ben Ibrahim.

Quand l’IA s’invite dans le débat photographique

Au-delà de la valorisation des traditions, le Yaoundé PhotoFest 2026 a également été le théâtre d’une révolution silencieuse mais bruyante : celle de l’Intelligence Artificielle. Lors des échanges en table ronde, un constat a émergé : loin d’être une menace, l’IA pourrait bien devenir une alliée, notamment pour les jeunes talents.

Yaoundé PhotoFest 2026 : la photographie africaine dialogue avec ses racines et embrasse le futur

Seydou Camara rapporte avec enthousiasme la rencontre avec un jeune photographe camerounais, Ivan, dont le travail l’a profondément marqué :

« Il n’a même pas un appareil photo. Il fait tout avec son téléphone. Il se photographie, va sur l’IA, met quelques touches d’intelligence artificielle, puis anime. C’était tellement magnifique. Ils ont compris que la photographie et l’IA peuvent aller ensemble. Ce n’est pas une menace, c’est une complicité. »

Cette ouverture marque un tournant pour le festival, qui se positionne comme un lieu de réflexion sur l’avenir du médium, tout en restant ancré dans la mémoire collective.

Un festival en phase avec son temps

Un festival en phase avec son temps

Le Yaoundé PhotoFest 2026 s’achève sur une note d’espoir et de dynamisme. En offrant une tribune à des artistes comme Seydou Camara, en célébrant les rites ancestraux et en s’ouvrant aux outils de demain, le festival s’impose comme un catalyseur essentiel de la création africaine. Une nouvelle édition qui confirme la place grandissante de la photographie comme langage universel, capable de raconter l’Afrique dans toute sa complexité et sa modernité.

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