Invité d’honneur de l’édition 2026 de la Journée mondiale de la marionnette, le célèbre marionnettiste malien Yaya Coulibaly a posé ses valises une partie de la semaine à Charleville-Mézières. L’occasion pour ce « globe-trotter marionnettiste », membre de la septième génération d’une famille où l’art se transmet de père en fils, de renouer avec une ville qu’il considère comme l’une de ses « villes natales ».
Retour aux sources
Yaya Coulibaly n’en est pas à son premier séjour ardennais. Dès 1988, il avait participé à une rencontre entre marionnettes européennes et africaines. Près de quarante ans plus tard, l’émotion reste intacte. « J’ai toujours un peu de nostalgie lorsque je viens ici », confie-t-il. Entre deux conférences — notamment à l’École supérieure nationale des arts de la marionnette (ESNAM) — et des rencontres avec des jeunes à Sedan ou à la médiathèque de la Ronde-Couture, il a pris le temps de savourer l’atmosphère locale : « Les gens sont très joviaux, c’est impressionnant de voir comment tous les habitants de la ville se connaissent. » Il avoue aussi un faible pour l’architecture, en particulier la place Ducale, et pour les frites ardennaises, qu’il évoque avec le sourire.
Transmettre l’esprit de la marionnette
Devant les étudiants de l’ESNAM, celui qui se définit comme un « véritable marionnettiste, travaillant avec des marionnettes anciennes », a partagé une conviction forte : « On ne devient pas marionnettiste sur les bancs de l’école. » Pour lui, la formation ne suffit pas ; il faut aller à la rencontre du public, cultiver la solidarité et connaître l’histoire. « On ne peut pas parler de la marionnette si on ne la connaît pas. » Il les a exhortés à écouter leurs professeurs et tous les artistes qu’ils croisent, car il n’existe pas de méthode standard : « C’est la marionnette qui manipule le marionnettiste et pas l’inverse. »

Un appel pour un grand musée
Interrogé sur la visibilité de la marionnette à Charleville-Mézières, Yaya Coulibaly a été clair : « Pour une capitale mondiale, il y a encore du travail. » Il plaide pour la création d’un « très très grand musée dédié uniquement aux arts de la marionnette », capable d’attirer des visiteurs du monde entier. « J’espère que dans les dix prochaines années, j’aurai l’occasion de visiter ce musée ici », a-t-il lancé, esquissant un souhait pour l’avenir de la cité ardennaise.
La rue, espace vital du festival
À l’approche du Festival mondial des marionnettes, l’artiste insiste sur un point : la rue doit retrouver toute sa place. « Il faut que la marionnette revienne dans la rue ! Le Covid, c’est fini, la vie est dans la rue. » Si les salles restent importantes, c’est dans l’espace public que les marionnettistes peuvent toucher un public plus large, parfois des passants qui n’ont jamais vu de marionnettes. « C’est ça qui est beau », résume-t-il.
De nouvelles promesses
S’il évite de promettre ce qu’il ne peut tenir, Yaya Coulibaly a néanmoins émis le souhait de suivre les élèves de l’ESNAM « au moins une à deux fois dans l’année ». Un lien qui, espère-t-il, se renforcera avec le temps, pour continuer à faire vivre cette « joie de vivre » qu’il place au cœur de son métier de marionnettiste-citoyen.
