Saison des Pluies 2025 : six jeunes maîtres des arts visuels maliens s’exposent au Bla-Bla
À Bamako, l’art ne dort jamais. Il pleut, certes, mais la saison des pluies est aussi celle de la fécondité artistique. Cette année, le mythique Bla-Bla, bar-restaurant culturel niché dans le quartier Hippodrome, devient le théâtre d’une exposition exceptionnelle : six ténors des arts visuels maliens s’y révèlent, ou plutôt, s’y retrouvent.
Dramane Toloba (Collectif Tim’Art) est représenté par la galerie SOVIEW à Accra.
Ange Dakouo (également du Collectif Tim’Art) expose à SO ART GALLERY (Casablanca), LOUISIMONE GUIRANDOU (Abidjan) et SOUTHERN GUILD (Cape Town).
Amadou Sanogo (Centre Makôro) travaille avec la galerie MAGNIN à Paris.
Ibrahim Kébé (Collectif Sanou’Art) est représenté par THIS IS NOT A WHITE CUBE, à Lisbonne.
OpaBathily (Atelier M) est représenté par AFRICAN ARTY (Casablanca) et ARTPLEXE, à Los Angeles.
Ibrahim Ballo (Collectif Tim’Art) collabore avec CAROLE KVASNEVSKI (Paris), TRIUM ART GALLERY (Monza-Italie) et la Fondation Montresso à Marrakech.Ces connexions illustrent bien la portée de leur travail. Ils exposent chacun trois œuvres. Une pluie d’expressions fortes, d’histoires tissées, peintes, sculptées sur toile ou sur matière vivante.
Cette édition 2025 de la Saison des Pluies, par son audace et sa densité, rend visible ce qui souvent reste dans l’ombre. Ces artistes, bien qu’installés dans le paysage artistique mondial, collaborent avec de grandes galeries aux contrats parfois si rigides qu’ils deviennent invisibles dans leur propre pays. C’est donc un acte de retour, de ré-ancrage, presque de réparation symbolique. À travers leurs œuvres, ils renouent avec le public bamakois, celui qui les a vu naître, rêver, peindre, douter.
L’exposition présente des univers distincts, des techniques singulières, mais un même souffle : celui d’une créativité enracinée, indocile et vibrante. Ici, la mémoire, les identités multiples, le combat pour la visibilité, la musique, la justice, l’intime et le politique s’entrelacent. Certaines pièces appellent à la contemplation silencieuse, d’autres bousculent et interrogent.
Le lieu, lui-même, mérite qu’on s’y attarde. Fondé en 1999 par Seyba Keïta, épaulé par son épouse Sonia, le Bla-Bla n’est pas qu’un simple restaurant. C’est un espace hybride où les arts visuels trouvent un écrin rare.
Le Bla-Bla accueille expositions, clips, rencontres littéraires et même les manifestations de la Biennale africaine de la photographie. Il ne s’agit pas juste d’accrocher des toiles : il s’agit de faire vivre les œuvres, dans un lieu qui respire le quotidien des gens. Là où l’art ne se donne pas des airs mais se partage, simplement, dans la lumière feutrée d’une salle ou le murmure d’un jardin.
Cette exposition de la Saison des Pluies 2025 est plus qu’un accrochage. C’est une célébration des artistes maliens qui, malgré la reconnaissance internationale, choisissent de revenir dialoguer avec chez eux. Pour rappeler que l’art, comme la pluie, peut tout faire germer.
