Le danseur interprète malien Makan Gaoussou Coulibaly lève le voile sur les douleurs silencieuses des foyers à travers une création poignante, fruit de la résidence Pirogue du ZEME de Don Sen Folo, financée par l’Union Européenne et mis en œuvre par la Fédération Founou Founou.

Avec Biri Fini(Couverture), Makan Gaoussou Coulibaly invite le public à un voyage viscéral au cœur de la vie conjugale. Dans cette œuvre chorégraphique intense, l’artiste interroge la place de la femme dans le foyer : cette place idéalisée avant le mariage, souvent confrontée à une réalité plus complexe une fois les vœux échangés.

La scène s’ouvre sur une image forte : une roue
La scène s’ouvre sur une image saisissante : une silhouette assise sur une roue, entièrement enveloppée dans un drap blanc – Biri Fini, (le tissu du lit ou couverture), symbole du foyer. Au cou de cette figure silencieuse, un cordon rouge transperce la blancheur, contrastant violemment avec la pureté du tissu. Le regard est happé par cette posture figée, à la fois vulnérable et puissante, qui annonce sans mot les tensions enfouies du lien conjugal.
La roue incarne le fardeau, le poids invisible que portent les femmes, souvent seules, dans une relation où la promesse d’équilibre s’efface dans les routines et les attentes non partagées. La roue tourne, écrase, mais avance malgré tout.

Le cordon rouge au cou de la silhouette — symbole des enfants. Il relie les corps et les âmes, même dans la douleur. Il rend toute séparation plus difficile, presque impossible. C’est une métaphore puissante de ces liens qui persistent malgré l’envie de rupture. Le divorce apparaît alors non pas comme une délivrance, mais comme une question ouverte : est-ce vraiment une solution, ou juste une illusion de liberté dans un monde qui rejoue les mêmes drames, avec d’autres partenaires, dans d’autres décors ?

Makan Gaoussou fait un choix fort : confier ce récit aux corps des hommesMakan Gaoussou fait un choix fort : confier ce récit aux corps des hommes. Parce que, dit-il,

« ce sont eux qui peuvent influencer ».

Le geste devient alors un outil de remise en question, un miroir tendu à ceux qui dominent souvent sans en mesurer le poids.

La musique de Rokia Traoré, notamment Mouneïssa, traverse le spectacle comme un écho intime. L’autrice, elle-même passée par une séparation douloureuse. Mohamed Diarra prête sa voix à ces émotions diffuses, ces interrogations sans réponse.

« Féminisme ? Domination ? Ou simple humanité ? » Le spectacle ne répond pas. Il questionne. Avec délicatesse, rage et vérité. Car comme le murmure le chorégraphe :

« On n’a qu’une seule vie. »

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